dimanche 25 octobre 2009

LA VIOLENCE MORALE DANS L'ENTREPRISE

Un livre pour savoir comment s'en défendre ou s'en protéger


Actuellement, en France, il ne se passe pas de semaine sans qu'on parle de personnes suicidaires ou suicidées à cause d'un contexte de travail, souvent dans une grande entreprise en vue.


En y réfléchissant bien, on est amené à penser que ces cas de suicide ne sont que le sommet de l'iceberg et que, par en-dessous, il peut y avoir des dizaines, voire des centaines de cas de personnes qui, pour échapper à une situation de pression abusive sciemment organisée, se sont mises en arrêt longue maladie pour dépression, ou ont pris une retraite anticipée. Sans compter ceux qui ont réussi à trouver un autre emploi à temps avant de voir leur estime d'eux-mêmes et de leurs capacités professionnelles totalement détruite.

Dans le contexte de crise actuelle, il se crée donc des situations dans lesquelles des entreprises essaieraient de se débarrasser de leurs salariés à bon compte, en leur "mettant la pression" tout simplement pour qu'ils démissionnent, ou disparaissent d'une manière ou d'une autre, sans leur coûter un sou.


Pour aider les personnes concernées à faire face à cette situation, je propose un livre :

"LE HARCELEMENT MORAL
La violence perverse au quotidien"
Marie-France HIRIGOYEN

Ed. Syros, 1998

L'auteur décrit comment il est possible de détruire quelqu'un juste avec des mots, des regards, des sous-entendus : cela se nomme "violence perverse" ou "harcèlement moral". Cette violence insidieuse découle de la volonté de se débarrasser de quelqu'un sans se salir les mains. Elle est exercée dans l'entreprise par un supérieur hiérarchique vis-à-vis d'un employé par exemple.

Je suis sûre que certains lecteurs sauront de quoi je parle...

J'ai moi-même été face à ce problème il y a une quinzaine d'années.

Cette violence non-physique peut aussi être exercée dans la famille vis-à-vis d'un enfant, ou dans le couple par l'un des deux qui domine l'autre d'une manière anormale et abusive.

Le harceleur : Disqualifier l'autre en le poussant à un comportement répréhensible. Distance affective. Dérision. Froideur et refus de la communication directe. Mensonge. Déstabilisation en public. Des mots pour blesser sans laisser de trace. Dualisme tout blanc ou tout noir. Mental froid et calculateur, absence totale de culpabilité. Rigidité mentale. Peur de la proximité avec autrui. Profonde insécurité très bien dissimulée et absence totale d'estime de soi: ne peut exister qu'en détruisant quelqu'un dans son entourage.

La victime : Honte, angoisse, ne sait plus comment se comporter dans le contexte où le harceleur agit. Colère larvée et réprimée, car la culpabilisation sciemment provoquée prend le dessus. Tristesse, peur. Ne sait pas se défendre. Ne se rend même pas compte souvent de la violence souterraine exercée à son encontre au quotidien, et se demande si tout ça n'est pas imaginaire. Perte graduelle de la notion de sa valeur et de ses capacités réelles. Quand il s'agit de porter plainte ou de se défendre auprès de la direction de l'entreprise, il est très difficile de trouver des éléments concrets à présenter car la violence de la personne harcelante est très fugace et subtile, cachée derrière des mots à double sens, sans support matériel.

Marie-France Hirigoyen écrit : "La tolérance passe nécessairement par l'instauration de limites clairement définies. Or, ce type d'agression consiste justement en un empiétement sur le territoire psychique d'autrui. Le contexte socioculturel actuel permet à la perversion de se développer parce qu'elle y est tolérée. Notre époque refuse l'établissement de normes. Mettre une limite en nommant une manipulation perverse est assimilé à une intention de censure".

Depuis 1994 en France la "victimologie" fait l'objet d'une formation universitaire : analyse des raisons qui amènent quelqu'un à devenir victime; les processus de victimisation et leurs conséquences; droits de la victime.

LE HARCELEMENT MORAL DANS L'ENTREPRISE


L'auteur écrit : "Le harcèlement nait de façon anodine et se propage insidieusement. Dans un premier temps, les personnes concernées ne veulent pas se formaliser et prennent à la légère les piques et brimades. Puis ces attaques se multiplient et la victime est régulièrement acculée, mise en état d'infériorité, soumise à des manœuvres hostiles et dégradantes pendant une longue période". … "Phénomène terrifiant parce qu'inhumain, sans états d'âme et ans pitié. L'entourage professionnel, par lâcheté, égoïsme ou peur, préfère se tenir à l'écart." … "La peur entraîne chez la victime des comportement pathologiques qui serviront d'alibis pour justifier rétroactivement l'agression. Elle réagit le plus souvent d'une manière véhémente et confuse. Quoi qu'elle puisse entreprendre, quoi qu'elle fasse, tout est retourné contre elle par ses persécuteurs. Le but de la manœuvre est de la désarçonner, de la pousser à la confusion totale et à la faute".
"Le harcèlement est rendu possible parce qu'il est précédé d'une dévalorisation, qui est acceptée puis cautionnée par le groupe, de la victime par le pervers. Cette dépréciation donne une justification a posteriori de la cruauté exercée contre elle, et conduit à penser qu'elle a bien mérité ce qui lui arrive".
"On ne sais pas où est la limite entre le fait de "houspiller" quelqu'un pour le stimuler et le fait de le harceler. La frontière correspond au respect de l'autre mais, dans un contexte de compétition tous azimuts, le sens de ce terme, pourtant inscrit dans la Déclaration des droits de l'homme, est parfois oublié".

La victime, de son côté, a quelque chose qui "prête le flanc". On ne devient pas victime de ce processus par hasard. Il s'agit d'une personne déjà insécurisée, ayant une mauvaise image d'elle-même et des doutes sur ses capacités. Souvent la personne a déjà été "victimisée" dans son enfance, elle a des traits de caractère au travail qui sont typiques de quelqu'un qui a "peur de mal faire" : c'est une personne "droguée du travail" ou qui fait du "présentéisme pathologique", arrive toujours en avance par peur d'être en retard ; c'est un surdiplômé ayant accepté un emploi inférieur par peur du chômage... Mais ça peut être aussi quelqu'un qui "nargue" le harceleur par un petit quelque chose en plus (beauté, créativité, élégance...) ou qui refuse de se laisser embrigader comme les autres et sera donc pris comme "bouc émissaire". Mais aussi le harceleur s'adresse à la part de masochisme qui existe en tout un chacun, et au "besoin de châtiment" inconscient (cf. Freud).

Mon commentaire : Il ressort de cette analyse que pour maintenir son intégrité psychique la victime doit faire un travail sur elle-même pour augmenter son estime de soi et résoudre les conflits interne résultant de traumas d'enfance. L'EFT est très bien pour ça. Mais je ne peux qu'encourager cette personne à ne pas rester seule et à rechercher l'aide d'un professionnel, utilisant ou non l'EFT, pour ne pas en arriver aux extrêmes qui font la une des journaux.

Voici encore des conseils donnés dans le livre

"LE HARCELEMENT MORAL
La violence perverse au quotidien"
Marie-France HIRIGOYEN
Ed. Syros, 1998

COMMENT DECELER QU'ON A AFFAIRE A UN PERVERS

On ne s'en aperçoit pas tout de suite. C'est seulement a posteriori qu'on commence à se rendre compte du "double sens" systématique des messages que l'on reçoit d'une certaine personne - qu'on est devenu une "cible" pour quelqu'un qui avait précédemment bien préparé le terrain en se rendant tout d'abord "sympathique".

Deux signes physiques qui ne trompent pas:
- Au niveau du corps : "Face à sa cible, l'agresseur est tendu, son corps est raide, son regard fuyant". Distance physique, se détourne s'il est confronté et surpris. Ne regarde pas en face la personne quand il lui parle, se place derrière elle, etc.
- Au niveau de la voix : "voix froide, blanche, plate, monocorde, (…) sans tonalité affective, qui glace, inquiète", différente de celle qu'il utilise dans les autres situations sociales. "Parfois, lors du dîner, alors qu'il s'était adressé gentiment à mes sœurs, sa voix devenait blanche, cassante. Je savais immédiatement qu'il s'adresserait à moi pour me dire une parole blessante".

Quand on a observé les signes cliniques ci-dessus, observer les signes psychologiques qui les accompagnent:
- Ton docte, donnant à l'environnement l'impression de tout savoir.
- Absence d'états d'âme, ne s'excuse pas quand l'intention blessante est masquée derrière un pseudo "lapsus" que l'assistance remarque. Pas d'émotion, même quand il essaie d'apitoyer quelqu'un sur son cas.
- Mauvaise foi évidente, jeu d'affirmations contraires incohérentes qui pourrait prêter à rire pour qui n'est pas sous l'emprise. Refus d'entendre votre version.
- Mensonges délibérés. Messages incomplets, sous-entendus, sarcasme et dérision maniés comme bouclier. Messages à double contrainte verbal / non-verbal.

COMMENT REAGIR ?

A partir de ce moment, se mettre dans une situation d'observation. Se dédoubler de la situation affective, s'interdire toute réaction émotionnelle telle que colère, amour-propre blessé, orgueil mais aussi auto-dépréciation et culpabilité. Il ne s'agit pas d'affectif mais de pouvoir.

"Voir" la stratégie du pervers est la seule manière d'éviter de s'y faire broyer. Se dire qu'on est un individu sain face à un malade mental qui n'a aucun sens moral de ce qu'il fait, une machine inhumaine, et que votre être interne n'est pas en cause.

Répondre à la distance par la distance et s'extraire de toute situation dans laquelle on aurait "besoin" de quelque chose provenant de cet individu: supprimer le chantage implicite.

Se sentir capable de lâcher son emploi, sa ville, son école, de quitter sa famille, son conjoint, ses amis, etc., de changer de vie à tout instant et se mettre à chercher discrètement ailleurs une voie de sortie vers ce qui ne peut être que meilleur:

Arrêter immédiatement de se considérer comme une victime ligotée, tout en respectant à la lettre le règlement de la situation (entreprise, divorce, etc.), si nécessaire obliger le pervers à écrire ses consignes noir sur blanc. Ne pas compter sur l'aide des autres, ils ne "voient" rien, eux-mêmes sous l'emprise ou floués par l'apparence donnée par le pervers. Ne pas envoyer de lettre. Au téléphone, attention à l'enregistrement. Se faire aider d'une personne totalement extérieure qui connaît les situations de harcèlement (thérapeute, médecin, responsable syndical hors entreprise, ami dans la police...). Ne pas chercher à "punir" l'autre de ce qu'il vous fait, vous entrez dans son jeu.

En conclusion

Si vous êtes l'objet de ce genre d'attaque, je ne peux que vous encourager à lire le livre de Marie-France HIRIGOYEN qui vous permettra d'être mieux armé pour faire face, parce que vous connaîtrez les mécanismes qui font agir le harceleur, ainsi que vos mécanismes personnels qui vous désignent comme victime potentielle.

C'est une excellente base pour arriver à un changement d'optique sur la situation, ce qui est vital pour passer de l'état de victime à celui de personne agissante, capable et autonome.

L'auteur donne des conseils pratiques très précis.

"LE HARCELEMENT MORAL
La violence perverse au quotidien"
Marie-France HIRIGOYEN
Ed. Syros, 1998

Ensuite, pour se sortir des conséquences de cette attaque sur la personnalité (dépression, fatigue chronique, phobies, incapacité de rechercher un emploi, etc.) ainsi que de l'éventuel "stress post-traumatique", l'EFT est très bien en complément d'une prise en charge médicale et psychologique sérieuse. Une situation de harcèlement au travail est un TRAUMATISME qui doit être traité comme tel. Voir mes posts sur l'EFT dans les cas de traumas.

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1 commentaire:

  1. Concernant l'ambiance au travail créée sciemment dans l'entreprise, je vous envoie l'information suivante qui vient du CAPLC "Coordination des Associations et des Particuliers pour la Liberté de Conscience".
    Suicides en entreprise, la Miviludes responsable ?
    par Paul Vinel,
    M. Jean-Claude Delgenes dirige le cabinet Technologia auquel France Telecom vient de faire appel suite à la vague de suicides de ces derniers mois. Il était déjà intervenu auprès de Renault pour les mêmes raisons. Pascale Krémer du Monde Magazine l’a interviewé.
    « PK. Pourquoi l'entreprise est-elle devenue un tel lieu de souffrance ?
    JCD. Les financiers ont pris le pas sur les industriels, imposant leurs exigences de rentabilité à court terme. Du coup ont été instaurées des procédures de contrôle permanent de l'efficacité des individus, qui s'en trouvent tétanisés. …chacun est censé se conformer à une programmation quasi mathématique. Cela met sous pression sur le plan psychique. Cela asservit. »
    Des salariés gérés comme le seraient des machines, leur caractère humain nié, voilà pourquoi les salariés souffrent, voilà pourquoi certains en arrivent à la solution extrême : attenter à leur propre existence !
    La Miviludes (Mission Interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires, sous l’autorité du Premier ministre) aussi s’est exprimée à plusieurs reprises sur ce qui serait bon pour les salariés des entreprises. Ainsi dans « L'entreprise face au risque sectaire » elle met en garde contre la formation permanente qui servirait selon elle de porte d’entrée aux sectes dans les entreprises. Pour les détecter elle a dressé une liste de mots clés que voici : « accomplissement de soi ; atmosphère d’enthousiasme ; bien-être ; capital savoir ; coaching ; confiance ; connaissance de soi ; conscience de la respiration ; contrôle mental ; conviction totale ; désintéressement ; développement personnel ; dévouement ; enrichissement ; épanouissement ; estime de soi ; évitement des conflits ; évolution sociale ; gestion de la vie relationnelle ; hérédité psychique ; impeccabilité énergétique ; Knowledge Management ; libération du corps et de l’esprit ; maîtrise émotionnelle ; management des situations professionnelles ; partage des informations ; points faibles – points forts ; pouvoir d’infléchir les évènements ; processus de révélation ; profil personnel ; prosélytisme ; purification de l’âme ; quête de sens ; santé globale ; savoir-être ; sens du partage ; stratégie de résolutions de problèmes ; thérapie méditative ; valorisation de soi ; vide intérieur.
    . »
    La raison de cette chasse aux mots se trouve dans le rapport 2008 de la Miviludes: « La formation professionnelle doit concrètement servir à l’emploi et au poste de travail et/ou au développement des connaissances. C’est pourquoi les actions de développement personnel n’entrent généralement pas dans le champ de la formation professionnelle continue. » La Miviludes le dit : les salariés sont des machines à produire, et la quête de sens, l’enthousiasme, le bien-être, la confiance, l’épanouissement, la gestion de la vie relationnelle, la résolution des conflits, etc… toutes ces choses qui auraient pu être apportées par des séminaires de développement personnels, sont à proscrire !
    Au contraire, le développement personnel permet des solutions pour lutter contre le stress au travail et pour éviter des drames humains. Curieusement la Miviludes s’y est opposée. Pourquoi ?

    CAPLC "Coordination des Associations et des Particuliers pour la Liberté de Conscience".
    Yaka

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